Histoire

L’IFOCAP a été créé en 1959 à l’initiative de jeunes agriculteurs, issus de la JAC (Jeunesse Agricole Catholique).

La JAC est, après guerre, le lieu de réflexion et d’échanges des agriculteurs, autour d’une devise: « Voir, juger, agir ».

Sensible à la priorité de l’époque, de nourrir le pays, la JAC se mobilise pour l’augmentation de la production agricole française, en misant sur les nouvelles techniques de production : la mécanisation, les engrais, les semences… Elle entend ainsi promouvoir une vision moderne du métier.

Les agriculteurs organisent alors la profession en créant des organismes de gestion, des coopératives, des mutuelles et des syndicats agricoles… Les jeunes  prennent  de plus en plus de responsabilités, et bientôt, la majorité des responsables agricoles français et des élus ruraux est issue de la JAC.

Dans ce contexte de modernisation de l’agriculture et de professionnalisation, les agriculteurs et les responsables agricoles souhaitent s’armer intellectuellement pour assumer leurs responsabilités [dialogue avec les pouvoirs publics, administration de coopératives, construction européenne et mise en place de la Politique Agricole Commune (PAC) etc…].

 « Nous avons alors senti la nécessité d’un lieu où la formation, l’échange, la recherche nous fourniraient les armes légitimes dont nous avions besoin pour notre combat », diront Eugène Forget, Michel Debatisse et Jacques Blois (Premier directeur de l’IFOCAP) à l’initiative de ce projet.

L’IFOCAP sera ce lieu de formation, d’échanges, de réflexion, « une ‘école de pensée’ , indépendante des organisations professionnelles, qui formerait des hommes et des femmes ayant des responsabilités au sein de ces organisations», écrivait Eugène Forget (Président de la FNSEA 1946-1949 et Premier Président de l’IFOCAP 1959-1967)


Un peu plus de détails… A l’origine…

L’IFOCAP est né en octobre 1959, d’une suite de rencontres entre syndicalistes agricoles (jeunes et aînés) universitaires et représentants de la fonction publique. Jacques Blois et son épouse Marie-Annick Chéreau, respectivement secrétaire général de la JAC et présidente du MIJARC (Mouvement international des jeunes agriculteurs et ruraux catholiques) sont à l’initiative du lancement de la première formation en 1958, puis de la création de l’IFOCAP en 1959. Eugène Forget,  reconnu pour ses conseils de sagesse, son autorité morale, ses capacités intellectuelles, allait donner à l’institut, au côté de Michel Debatisse (alors secrétaire général du CNJA), l’audience nécessaire à son implantation.

Il avait pour but d’aider à réfléchir sur toutes les questions du monde agricole et de la société en général, en toute liberté vis-à-vis d’un engagement professionnel ou syndical. C’est pour préserver cette liberté de réflexion qu’il a été fondé par des personnes physiques et non par des personnes morales.

Il est, certes, orienté par des hommes et des femmes qui ont des responsabilités professionnelles mais qui ne sont pas mandatés par leur profession ou leur syndicat. Ce point est très important car il évite de soumettre la formation aux impératifs conjoncturels de la politique professionnelle et syndicale.

Et aujourd’hui…

L’IFOCAP adapte son positionnement au contexte:

  • Les OPA se sont « institutionnalisées » et transmettent leur compétence collective en leur sein. L’IFOCAP leur propose un service d’ingénierie pédagogique et d’animation.
  • L’affaiblissement des réseaux JAC a conduit l’IFOCAP à repenser ses relations avec les OPA à partir des années 2000, afin d’assurer sa promotion, le recrutement, et de développer son activité. Les OPA intègrent alors le conseil d’administration à l’occasion d’une révision des statuts.

L’IFOCAP continue d’investir dans l’innovation pédagogique et accompagne les responsables professionnels et OPA dans les changements profonds de paradigme que vivent le secteur agricole et le milieu rural (transition économique, sociale, écologique, numérique).


Trois idées maîtresses à l’origine de la création de l’IFOCAP :

  • Favoriser la rencontre entre l’expérience et le savoir : l’agriculteur a besoin de confronter son expérience à des connaissances théoriques qui lui permettent d’élargir sa première vision des choses, d’éclairer son jugement et d’aller plus loin. Les fondateurs disaient : « dans la formation, il faut 50% d’expression de l’expérience et 50% d’apport de connaissances».
  • Développer la responsabilité personnelle et communautaire : la formation donnée ne cherche pas la promotion individuelle mais celle de tout le milieu. Le but de la formation est d’éveiller les jeunes à l’entraide, à l’association, à la coopération et à l’organisation des agriculteurs.
  • La formation doit aller au-delà du seul enrichissement intellectuel : l’agriculteur doit garder le souci d’une action concrète et des moyens à mettre en œuvre pour la réaliser. A l’issue de la formation il doit élaborer un projet d’action locale : création d’un groupement de producteurs, création d’une association (pour l’utilisation du matériel, pour le remembrement, pour les échanges amiables, pour l’irrigation), revitalisation d’un syndicat local…

Et aujourd’hui…

  • La pédagogie de l’IFOCAP intègre la nécessaire gestion de la complexité (multiplicité et diversité des acteurs et des problématiques). Les élus sont contraints à décider dans l’immédiateté (médiatique et politique). L’exercice de responsabilités dans ce contexte demande, au-delà de l’expérience et des connaissances, des méthodes de travail et d’efficacité.
  • Si le sens de l’engagement au service du progrès social reste le socle des valeurs portées par l’IFOCAP, il n’en demeure pas moins que l’engagement aujourd’hui répond à la quête d’un épanouissement personnel. L’agriculteur diversifie ses engagements dans son milieu de vie. La formation prend en compte la diversité des parcours et des expériences de vie, mis à la disposition du groupe. La singularité fait la richesse du collectif.
  • L’action comme finalité de la formation est un principe ancré dans les gènes de l’IFOCAP, dans ses méthodes pédagogiques. D’ailleurs, l’idée de l’action est le plus souvent  à l’origine du besoin en formation. On peut s’interroger : « la nature de l’action a-t-elle changé? » Certainement ! Souvent inscrite dans une perspective de court terme et d’urgence… C’est pourquoi, la formation défend l’idée d’un temps hors du temps, se poser pour inscrire l’action dans une stratégie de moyen-long terme.

Trois raisons de se former :

Dès le départ, trois motifs poussaient les agriculteurs à venir en formation à l’IFOCAP :

  • Faire face à la modernisation économique : le passage d’une agriculture traditionnelle à une agriculture modernisée obligeait les petits et moyens agriculteurs à trouver de nouveaux modes d’exploitation pour survivre et se développer. Il fallait inventer des projets économiques et sociaux nouveaux et leur faire prendre corps : chantiers de travail en commun, création de groupements agricoles d’exploitation. Sans cette riposte créatrice, l’exploitation agricole de type familial aurait rapidement disparu.
  • Apprendre : c’est-à-dire développer les qualités de l’intelligence pour mieux comprendre leur situation et celle de l’agriculture. N’ayant pas eu la possibilité de faire des études les agriculteurs avaient soif de renforcer leurs connaissances dans tous les domaines. Certains manifestaient une soif de savoir qui dépassait largement le besoin d’informations techniques, professionnelles ou syndicales. C’est le désir d’une rencontre avec le monde de la réflexion que plusieurs d’entre eux venaient chercher.
  • Trouver un état d’esprit propice au développement : l’individualisme mine toute volonté collective de se rassembler pour développer le milieu. A l’inverse, la générosité et la solidarité donnent le courage de transformer sa profession et son milieu. L’IFOCAP permettait à chacun d’acquérir et d’accroître cette force intérieure, cette base éthique sans laquelle il n’y a pas de véritable formation à la responsabilité.

Et aujourd’hui…

La formation accompagne la permanence du changement :

  • Aujourd’hui, accompagner la modernisation économique signifie s’adapter à un contexte de mondialisation, diversifier les modèles agricoles, inventer de nouvelles sources de valeur ajoutée, renforcer l’organisation des producteurs. La nécessité de produire pour répondre à des besoins alimentaires croissants, appelle néanmoins à relever le défi de « produire plus avec moins ».
  • Les besoins d’un public d’agriculteurs, ayant un niveau de formation initiale supérieur et une ouverture au monde quotidienne, ne sont plus les mêmes. La rapidité des évolutions réglementaires, économiques, politiques, techniques, sociétales,  rend la formation tout au long de la vie un passage nécessaire. Le leader renforce son assise sur le triptyque légitimité/charisme/compétences, dans des relations moins hiérarchiques et plus collaboratives. La formation l’aide à garder le cap dans un monde plus volatile.

Bibliographie :

  • La Révolution silencieuse – Le combat des paysans, Michel Debatisse – Calmann-levy, 1963
  • Michel Debatisse ou la révolution paysanne, Claude Goure – DDB, 2008
  • Le Serment de l’Unité Paysanne, Eugène Forget – Nouvelle Cité Paris, 1982
  • La coopération d’universitaires et de responsables paysans – Jacques Blois, revue Paysans, no 317,‎ septembre-octobre 2009
  • La formation de promotion : exemple de l’Institut de formation pour les cadres paysans – Marcel Faure – Revue « Sociologia Ruralis » Volume III – N°4 – 1963
  • Histoire de l’IFOCAP – Marie-Thérèse Nouvellon, source IFOCAP – Novembre 2001